LA PÉDAGOGIE DE L’HUMANISME TRAGIQUE par BOGDAN SUCHODOLSKI(Pologne) Extrait de “The 40th Anniversary of the UNESCO Institute for Education”, Dossiers IUE n° 6, 1992

Added 2/10/2010

1. ÉDUCATION ADAPTATIVE ET ÉDUCATION CRITIQUE

L’histoire nous montre l’éducation comme processus d’adaptation des jeunes générations aux besoins de la civilisation matérielle et spirituelle existante. Ce processus est basé sur la conviction que la civilisation constitue l’ensemble des savoir-faire et des habiletés qui doivent être assimilés pour qu’elle puisse se développer ultérieurement. Ceci exprime aussi l’opinion que la civilisation constitue l’ensemble des valeurs et des normes ainsi que des modèles de vie que les gens doivent adopter aussi bien dans leur vie sociale que dans leur existence individuelle.

Dans une civilisation ainsi entendue, l’éducation disposait d’une base permettant aux éducateurs d’organiser et de diriger leur propre activité. Il est vrai que l’histoire de l’éducation a connu un courant critique qui mettait en question l’autorité de la civilisation existante et qui présentait la vision d’une école renouvelée et d’une société future différente. Mais ce courant n’était représenté que par les créateurs éminents des conceptions d’éducation comme Comenius, Pestalozzi ou Rousseau, et ne gagnait pas les sociétés toutes entières.

Aujourd’hui, ce système des relations et des dépendances a subi des changements essentiels. Il est vrai que la civilisation contemporaine est devenue plus complexe et que ses exigences dans le domaine scientifique et technologique deviennent de plus en plus grandes, mais en même temps, on y observe plusieurs menaces et cataclysmes qui éveillent l’inquiétude et l’angoisse en ce qui concerne son avenir. La directive d’adapter les jeunes générations aux besoins scientifiques et technologiques de cette civilisation moderne doit être complétée par l’analyse critique des conséquences que pourrait provoquer sa réalisation.

 

2. CIVILISATION MENACÉE

C’est pour la première dans l’histoire que la civilisation créée par les hommes, tout en améliorant leurs conditions de vie sur cette terre, les menace en même temps d’une manière croissante. Pendant des siècles,

le genre humain craignait les cataclysmes de la nature. Les tremblements de terre et les éruptions volcaniques, les sécheresses et les inondations, les incendies et les épidémies menaçaient la faible civilisation humaine. Aujourd’hui, ce n’est plus la nature qui menace la civilisation mais c’est la civilisation qui est menacée par elle-même. Le mouvement écologique démasque cet échec de la civilisation. La dévastation de l’environnement a dépassé le cadre local et est devenue problème à l’échelle cosmique. Il ne s’agit plus de la

terre, de l’eau et de l’air pollués dans plusieurs régions du globe mais du péril pour la planète toute entièremenacée par “l’effet de serre”, c’est-à-dire de la déchirure de la couche protectrice d’ozone. De plus en plussouvent on se pose la question : est-ce que la terre subsistera ?

 

La découverte et l’utilisation de l’énergie nucléaire est un problème qui touche également le cosmos entier. Nous arrivons, non sans difficulté, à empêcher l’utilisation de cette énergie à des fins militaires, mais les gens de notre époque ne cessent pas de craindre que la barrière fragile de sécurité puisse être brisée un jour.

L’application de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques procure aussi l’angoisse chez les hommes car les conséquences d’une catastrophe éventuelle, aussi bien sur la terre que sur la mer, seraient tragiques et persisteraient pendant des dizaines d’années ou même pendant des siècles.

Est-ce que nous arriverons à sauver notre environnement naturel ? Comment serons-nous capables de dominer les forces dangereuses que l’humanité a découvertes tout comme “l’apprenti sorcier” ? Autrement dit,

comment reconstruire notre civilisation urbanisée et industrialisée technico-scientifique, pour qu’elle ne soit pas dangereuse pour elle-même ?

Mais la critique de la civilisation moderne ne se limite pas aux problèmes écologiques et nucléaires. Elle va plus loin en démasquant les conditions sociales et économiques de la vie. Il nous est difficile de réaliser que cette civilisation de l’opulence et du confort est à la fois celle de la misère et de la famine. Des millions d’hommes vivent sans toit, privés des soins médicaux. Le nombre d’analphabètes ne diminue pas mais, au contraire, il augmente bien que l’on fasse des efforts pour rendre l’enseignement accessible pour tout le monde.

Les différences du niveau de vie, exprimées en revenu par personne, sont importantes et n’ont pas tendance à diminuer. La richesse du Nord devient de plus en plus grande et la misère du Sud - de plus en plus profonde.

Le modèle de vie réalisé dans les riches pays développés est fascinant pour les pays pauvres qui, plus que jamais, se rendent compte de leur misère. En même temps, l’accroissement démographique de plus en plus important fait que les conditions et le niveau de vie deviennent, dans beaucoup de pays, presque catastrophiques.

On observe aussi la tension internationale et les conflits s’accentuer dans le monde entier. Avec beaucoup de difficulté on arrive à sauvegarder la paix entre les grandes puissances mondiales mais les guerres locales ne cessent pas dans diverses régions de notre globe. Elles s’allument et s’éteignent sans arrêt au proche Orient et en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud. Elles submergent les pays de la culture ancienne comme le Liban et l’Irlande, comme l’Éthiopie, l’Iran et l’Iraq. Les motifs de ces conflits sont nombreux : les

querelles des tribus et luttes nationalistes, les problèmes liés à la décolonisation, le désir d’exploiter les richesses naturelles ou d’arriver au pouvoir. Ces conflits et ces guerres font affermir les attitudes agressives : les dictateurs apparaissent : les nouvelles sortes du fascisme triomphent. L’homme ne compte plus, il devient

l’ennemi qu’il faut écraser. Les différents fondamentalismes incitent les actions violentes pour anéantir ceux qui pensent autrement. Cette caractéristique globale nous fait constater une grande crise des valeurs. Les grandes religions se montrent faibles, souvent dénaturées par le fanatisme et le fondamentalisme. Les gens, dans leur conscience et dans leur coeur, ne soutiennent pas la culture laïque. Une grande crise des valeurs et des autorités gagne le

monde entier. Les dictateurs se servent des grandes idées pour manipuler l’histoire des peuples. Les gens trompés à maintes reprises par les idéologues cherchent l’évasion du monde et de la politique dans l’abri de laconsommation. C’est le signe de la disparition des valeurs authentiques. En tant que contraire des sociétés deconsommation, celles de la domination et de la violence réalisent leurs programmes de lutte et d’extermination des concitoyens traités d’ennemis. Les querelles des tribus et les luttes nationalistes entraînent les guerres et la misère de nations toutes entières. Le prix de la vie humaine est devenu très bas bien qu’on déclare en même temps la protection des droits de l’homme.

 3. PROGRAMME DE L’HUMANISATION DU MONDE ET DE L’HOMME

Dans ces conditions, l’éducation est confrontée à deux groupes importants de problèmes. Tout d’abord il faut répondre à la question comment préparer les jeunes générations à protéger et à reconstruire la civilisation contemporaine et à la capacité de diriger le développement ultérieur. Deuxièmement, il faut trouver la réponse à la question : comment vivre dans ce monde plein de chaos, de menaces, d’injustices et de préjudices ?

Comment créer et réaliser les valeurs déterminant le sens de la vie ? Ces deux groupes de problèmes sont inséparables. L’amélioration de la civilisation et la réalisation du programme de l’épanouissement de l’idée humaniste chez les être humains constituent un tout indivisible. Ce programme, on l’appellera programme de l’humanisation du monde et de l’homme, soulève la question : comment le réaliser par l’éducation ?

C’est la pédagogie dite humaniste qui soulève le problème de la “Réparation des choses humaines” (comme le disait Comenius), c’est-à-dire aussi bien du monde des objets que celui des sujets. Je vais présenter quelques principes de cette pédagogie et en signalant ses difficultés je tâcherai de justifier sa délinéation en tant que “pédagogie de l’humanisme tragique”.

4. PÉDAGOGIE DE LA SOLITUDE DE L’HOMME DANS LE COSMOS

La pédagogie humaniste, en soulevant le problème de la valeur et du sens de la vie, doit se référer aux garanties suprêmes. Elle doit être, bien que l’on ne l’avoue pas volontiers, la pédagogie des solutions métaphysiques. De ce point de vue, on peut définir la pédagogie humaniste comme celle de la solitude de l’homme dans le cosmos.

Plusieurs fois, on essayait de justifier les valeurs humaines par leur enracinement dans l’ordre de la nature, mais cette justification se révélait insuffisante. Aujourd’hui, il nous est difficile d’accepter la conviction optimiste que nous sommes “les enfants de l’univers”. Nous ressentons plutôt l’expérience de la solitude dans cet univers immense. Nous pouvons, comme Kant, percevoir la sublimité de la voûte céleste parsemée des étoiles mais ce n’est plus que la projection de nos sentiments dirigée vers le cosmos obscur et indifférent. Il serait difficile de contredire la solitude de l’homme dans cet univers et de ne pas constater que toute la construction de notre vie civilisée est basée uniquement sur la créativité et sur le travail de l’homme. Nous sommes seuls dans l’univers et personne ne garantit la justesse de nos actions.

5. DIALOGUE AVEC LA TRADITION

La pédagogie de la solitude de l’homme dans l’univers dispose cependant d’une riche matière éducative. Cette matière, c’est l’histoire de la culture dont on se sert, depuis des siècles, dans l’éducation. Mais, est-ce que, dans le processus éducatif, nous pouvons profiter de l’histoire universelle de la culture sans risques et sans réserves ? La difficulté réside dans le conflit entre l’existence et le savoir. Au niveau de la conscience, l’histoire de la culture peut être présente dans notre vie contemporaine. Mais au niveau de l’existence ce n’est plus possible.

On peut beaucoup savoir sur la Grèce, sur l’empire Romain ou sur le christianisme mais il n’est pas possible de vivre, en même temps, comme un Grec et comme un Romain et d’autant moins comme chrétien. L’authenticité et la spontanéité de notre existence demande la fidélité existentielle. Sans garder cette fidélité, tout ce qui se passe dans la culture se transforme en spectacle intéressant mais peu important pour la vie.

C’est la façon de construire le décor et non pas la vie. Bien sûr on peut et il faut même admettre que la réalité culturelle dans laquelle nous vivons est d’une importance décisive. Mais en ce moment, elle cesse d’être soutenue par la tradition qui devient un simple décor de la vie.

Avançons encore dans cette analyse de la pédagogie de la solitude. Quand le cosmos est muet et indifférent à nos aspirations et à nos espérances, quand l’histoire nous fournit une quantité de valeurs mortes, nous demeurons plongés dans notre propre conscience.

 Wilhelm Humboldt, bien avant Hegel, dans une analyse profonde, a démontré le processus d’aliénation qui peut s’effectuer dans la formation historique de l’homme. Les valeurs culturelles traditionnelles peuvent nous enrichir mais elles peuvent aussi provoquer cette aliénation. C’est une tension dramatique qui devient parfois tragique. Comment sauver ces valeurs de la tradition et en même temps sauver la personnalité de l’homme et sa fidélité envers elle-même ?

6. DIALOGUE AVEC LA SOCIÉTÉ

Ce grand dialogue des vivants avec des morts nous conduit à la catégorie suivante de la pédagogie de l’humanisme tragique. Il s’agit de l’attitude d’un individu vis-à-vis les opinions contemporaines concernant le monde et la vie, vis-à-vis les idées généralement lancées, vis-à-vis les modes de vie proposés. Il y a deux moyens possibles de la formation de cette attitude. On peut faire confiance à l’atmosphère intellectuelle du milieu ou bien, en s’opposant à ces suggestions, faire confiance à ses expériences personnelles.

Dans le premier cas, nous gagnons l’appui pour nos opinions mais au prix de renoncer à notre propre originalité. Dans le deuxième cas, nous protégeons notre indépendance mais nous prenons le risque d’attaques sur notre position. Il faut avoir du caractère pour les supporter. L’un et l’autre chemin sont difficiles, les deux comportent les éléments tragiques.

Ces éléments deviennent plus marqués du moment où le choix d’un des deux chemins ne se limite pas à une option intellectuelle mais entraîne les activités appropriées.

C’est ainsi que le problème dramatique de la tolérance surgit. Plus précisément, il s’agit de la tolérance quand on est persuadé d’être en possession de la vérité. Le plus souvent, cette conviction entraîne la nécessite d’annoncer la vérité aux autres, de convertir ceux qui ne la connaissent pas encore. Il est rare qu’on le réalise par une méthode missionnaire, sans violence. Le fondamentalisme, sous ses diverses formes, conduit aux actions fanatiques et agressives. Mais comment concilier la sûreté de posséder la vérité et le principe de ne

pas l’imposer à personne ? Est-ce qu’on peut cacher la vérité qui doit éclairer les gens ? La responsabilité tragique repose aussi bien sur ceux qui ont caché la vérité que sur ceux qui l’ont utilisée au service de fanatisme.

Une autre variante anti-humaniste de la conception d’une société et du rôle d’un individu est la tendance de supprimer l’être humain de l’image du milieu social. L’homme se voit dégradé et privé de ses qualités d’un être humain aussi bien dans la société considérée comme organisme que dans celle entendue comme mécanisme. Dans ces conditions, l’éducation sociale s’identifie à l’introduction dans le monde objectif des dépenses sociales et économiques et la démonstration des mécanismes du développement. La pédagogie

humaniste ne peut pas accepter ces conceptions. La pédagogie humaniste prend le risque de défendre l’homme en renouant à ces courants de la pensée sociale qui soulignent le rôle primordial de l’homme dans le développement de la civilisation. La question, quelles sont les possibilités de l’éducation dans ces domaines, conduit souvent aux situations difficiles et dramatiques. Elles font apparaître le destin de l’homme parfois tragique dans sa solitude, parfois vainqueur dans la communauté des activités réalisées.

Le chemin menant aux succès est plein d’obstacles. L’un deux, particulièrement digne d’attention, c’est la fascination empoisonnante des grandes idées. Toute activité suscitée par les grandes finalités paraît toujours digne d’approbation. Une vieille maxime, que la finalité justifie tous les moyens, nous tente toujours. Et pourtant, selon la vision humaniste du monde ce sont les intentions concrètes et les activités qui comptent.

Un poète polonais a exprimé ainsi cette vérité sur la responsabilité concrète. Il aime les hommes ? Pourquoi donc il les fuit ?

Car il aime l’humanité et non pas l’homme. Ce test de l’amour vrai, éprouvé pour l’homme, doit servir à vérifier l’authenticité des sentiments de communauté et à dévoiler le mal caché sous un masque des idéaux lointains.

7. GRANDEUR DE L’HOMME - MÉDIOCRITÉ DES GENS

Les problèmes de l’individu dans la société et de l’homme responsable des activités concrètes, nous conduisent à encore un autre groupe de problèmes particulièrement importants pour la pédagogie de l’humanisme tragique. On peut exprimer ces problèmes par la question : pourquoi les gens sont si médiocres bien que l’Homme soit aussi grand ? Ceci attire notre attention sur la multiplicité du mal (le plus souvent bien caché) chez les gens. La psychologie et l’anthropologie contemporaines ont découvert les grandes études de cette vérité obscure sur la nature de l’homme. L’éventail de la diversité de ce mal est très large : des motivations agressives et destructives, vengeresses et cruelles jusqu’aux motivations inclinant à la vie indifférente au charme des valeurs et à la discipline de la conscience.

La pédagogie humaniste s’occupe surtout de ces manifestations du mal qui restent dans les limites de la normalité relative. L’éducation ne s’occupe pas d’éliminer la criminalité. Mais l’élimination du mal relativement normal est une tâche importante. Le fameux dialogue entre le Grand Inquisiteur et le Christ dans le roman de Dostoïevski, contient une très bonne caractéristique de ce mal. Le Christ offre aux hommes la liberté et promet de les unir par l’amour. C’est le programme pour les gens qui sont bons. Mais le Grand Inquisiteur

sait qu’ils ne le sont pas. Les gens désirent le plus vite possible se débarrasser de la liberté en rendant le Grand Inquisiteur responsable de leurs péchés. Et il sait aussi que les gens ne sont pas capables d’amour désintéressé mais volontiers et humblement ils tendent les mains pour demander du pain. C’est en prenant toute la responsabilité sur lui, en organisant le travail forcé, en permettant aux gens de jouir de la liberté, en leur donnant la satisfaction et même en leur autorisant de pécher que le Grand Inquisiteur s’emparera du pouvoir sur les masses. Le grand Inquisiteur fait brûler le Christ qui par son retour sur la terre, chargé d’une

mission de la liberté et de l’amour, a provoqué le chaos. Le grand Prêtre sévère sait très bien que les masses vont le suivre heureuses d’être esclaves de pouvoir pécher.

Ce roman de Dostoïevski montre les horizons tragiques du souci des hommes qui, par leur nature, ne veulent pas être les vrais êtres humains.

Quelle conclusion peut-on tirer de cette réalité pour la pédagogie humaniste ? Comment agir pour que l’homme n’ait pas peur de la liberté et pour qu’il désire plus que du pain ? Est-ce que l’action d’humaniser l’homme échouera et le Grand Inquisiteur fera brûler tous ceux qui avec amour et courage appelaient les gens à profiter de leur liberté pour construire une vie meilleure ?

Ces espoirs et ces échecs dévoilent encore une fois le destin tragique de l’éducation authentique. Le roman de Dostoïevski peut être transposé aux réalités de l’éducation de notre époque. Et l’on peut constater qu’il s’agit de l’échec de l’idée de la cité éducative et du triomphe de la société de consommation. La contradiction entre deux conceptions de la vie et de l’éducation cache un conflit tragique entre la liberté et la création et la satisfaction de la satiété.

8. TRAGÉDIE DANS LA CULTURE EUROPÉENNE

Ceci finit cette revue des problèmes de la pédagogie de l’humanisme tragique. Je me rends compte que cet accent tragique qui accompagnait mes réflexions peut étonner. Mais il suffit de réfléchir un moment pour constater que c’est inévitable car il s’agit de la question de l’éducation authentique et non pas de la préparation superficielle aux fonctions sociales utilitaires. L’éducation était toujours profondément liée à la vision tragiquede la vie et de la mort. Ce n’est qu’en apparence que c’est un paradoxe inattendu et trompeur.

A la source de la grande théorie de la pratique éducative nous voyons deux grandes personnalités :

Socrate qui apprenait à se servir de la sagesse dans le processus de l’auto-formation et le Christ qui enseignait l’amour d’autrui. C’étaient les hommes qui les ont tués tous les deux, et leur mort confirme le message tragique de l’éducation.

Et justement l’éducation ainsi entendue fait partie de l’essence de la culture européenne qui prête une attention particulière à la notion du tragique. C’est une catégorie de la vie pleinement humaine, c’est une catégorie de l’espérance confirmée même par un échec qui, en fin de comptes se révèle victoire sur le destin.

 

BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR

Bogdan Suchodolski a été pendant 22 ans professeur à l’Université de Varsovie, Pologne. De 1958 à 1968, il a été Directeur de l’Institut des sciences pédagogiques ; au cours de cette même période, il a également dirigé le laboratoire de l’histoire des sciences et de la technologie au sein de l’Académie polonaise des sciences. En 1969, il fut élu au présidium de l’Académie polonaise de sciences. De 1969 à 1973, il a été Président de l’Association internationale des sciences de l’éducation et de 1968 à 1971, Vice-Président de l’Académie

internationale de l’histoire des sciences. Auteur de plusieurs publications.

Category : pédagogie | Comments (0) | Write a comment |

L'EDUCATION A LA CITOYENNETE : LE ROLE DE L'ECOLE ,Par Saliou Sarr(sénégal)

Added 2/10/2010

INTRODUCTION :

L'éducation à la citoyenneté est un thème fédérateur des programmes transversaux en cours dans l'école Sénégalaise (Education à la vie familiale et en matière de population, le Programme de formation et d'information à l'environnement, l'éducation aux droits Humains, l'éducation à la paix, l'éducation pour le développement et prend assise dans le renouvellement constant des approches et pratiques pédagogiques à l'école, à ce titre l'éducation à la citoyenneté est un élément novateur dans le projet d'école; et l'école parce qu'elle a une certaine autonomie par rapport à la société peut être un agent de changement, agir pour se démocratiser et démocratiser la société.

Dans mon propos, j'aborderai plusieurs aspects liés à la citoyenneté, aux objectifs de l'éducation à la citoyenneté, ses grands axes, les approches et, ensemble nous installerons le dispositif pour renforcer les acquis et faire de l'école un lieu d'apprentissage du vivre ensemble et de l'ouverture sur le monde.

 

1. L'EDUCATION A LA CITOYENNETE :

DEFINITION, OBJECTIFS, SES GRANDS AXES.

 

1. DEFINITION 

La citoyenneté, dérive du Latin, CIVITAS, ensemble des citoyens et aujourd'hui elle peut se définir selon quelques axes qui recouvrent ce qu'il convient d'appeler, les anciennes et les nouvelles citoyennetés.

Ainsi, elle est, statut juridique conférant des droits égaux (civils et politiques, sociaux, économiques) et des obligations égales pour tous dans une communauté politique donnée avec la participation au pouvoir, à la décision et au contrôle.

Elle est aussi un ensemble de qualités morales, de devoirs civiques considérés comme nécessaires à la bonne marche de la cité, lieu ou chaque personne doit accepter la règle commune (le civisme).

Aujourd'hui la citoyenneté se définit de manière plus large comme un ensemble de rôles sociaux spécifiques où la personne a la possibilité de participer à des groupes qui défendent ses intérêts, ses idées comme les associations écologiques, associations de consommateurs, de défense des droits de la personne, associations de quartier etc. Donc, être citoyen, c'est être partenaire de plusieurs responsabilités communes auxquelles on participe en s'informant, en informant, en travaillant, en consommant, en produisant. En conséquence la citoyenneté, c'est la capacité de reconnaître les valeurs éthiques requises pour la vie en commun, d'effectuer et d'agir avec la conscience d'appartenir à un corps social organisé.

Il faut enfin signaler qu'elle est nationalité, mais elle peut constituer un statut transnational qui a le monde comme cadre d'expression, cela signifie une interdépendance entre nations entre les personnes ;ainsi les citoyens du monde accordent une importance au mondialisme, l'ensemble des idées et des actes exprimant la solidarité des populations du globe.

2. Objectifs et place dans le programme de l'école élémentaire

Si l'instruction civique décrit et présente la cité et vise seulement à informer du fonctionnement des institutions pour pouvoir s'en servir, l'éducation des citoyens vise à en reconnaître le bien fondé, susciter l'adhésion aux valeurs dont elles émanent (démocratie, justice, solidarité etc.) mais surtout à cultiver la volonté d'agir à développer le sens des valeurs requises pour l'action avec une préparation à la prise de décision à user de son esprit critique.

L'éducation à la citoyenneté est un ensemble de connaissances, d'aptitudes, d'attitudes qui permettent à l'enfant de reconnaître les valeurs requises pour la vie commune et d'effectuer des choix et d'agir dans ce respect; en somme elle vise à sensibiliser aux valeurs requises pour la vie commune dans la société notamment les valeurs africaines, elle vise à éveiller à l'interdépendancec'est-à-dire aux liens entre tous les problèmes de la cité, mais aussi entre les problèmes de la cité et les problèmes à l'échelle du monde, former des hommes responsables , autonomes, préparés à la coopération et à la résolution constructive des conflits ; des hommes agent de développement, capables de résoudre les problèmes de population et environnementaux.

Au vu de ces objectifs, l'on peut dire que l'éducation à la citoyenneté a été pris en compte par la Loi d'orientation de l'éducation nationale du 30/01 /19991 qui déclare dans son article premier " L'éducation Nationale tend à promouvoir les valeurs dans lesquelles la nation se reconnaît, elle est éducation pour la liberté, la démocratie pluraliste, et le respect des droits de l'homme, développant le sens moral et civique de ceux qu'elle forme ; elle vise à faire des hommes dévoués au bien commun, respectueux des lois et ces lois et des règles de la vie sociale et ouvrant à les améliorer dans le sens de la dignité, de l'équité et du respect mutuel ".ensuite le projet d'école issu de la réforme ,parce qu'il se situe dans un cadre éducatif global et large est un terrain d'essai par excellence pour l'éducation à la citoyenneté parce qu'il articule les activités proprement scolaires et les actions à finalité éducative plus large ou complémentaires de l'école comme l'organisation de l'école, de la classe ;le projet d'école définit les contours d'une véritable éducation à la citoyenneté.

3. LES GRANDS AXES DE L'EDUCATION A LA CITOYENNETE.


Les axes que l'école doit privilégier si elle veut s'engager dans une éducation à la citoyenneté sont les suivantes selon le BIT (bureau internationale du travail).

a) Les droits humains C'est l'axe organisateur de l'éducation à la citoyenneté; ce sont des règles qui organisent les rapports entre les hommes, ils permettent un mieux vivre ensemble, rendent possiblement réalisable la relation entre l'éthique personnelle de chacun et les lois qui régissent les rapports sociaux ;ce sont donc les valeurs vers lesquels tendent les volontés humaines. Le citoyen doit connaître les concepts et le contenu des droits de l'homme dans les textes juridiques, les valeurs de justice, de liberté, de solidarité, etc.…Il doit les promouvoir à travers le respect de soi, de l'autre, à travers le règlement intérieur dans la vie associative à l'école; assumer, ses responsabilités, user de la liberté d'expression à travers le journal scolaire, le conseil de classe, le conseil de coopération, le conseil d'étudiants ou le foyer socio-éducatif, les clubs comme les clubs E I P, Environnementaux…

b) La démocratie: C'est un ensemble de valeurs que chaque peuple peut s'approprier, les transformer selon son génie propre, les adapter: c'est une pratique. C'est un système social, politique, qui restitue libertés et pouvoirs de décisions l'ensemble des acteurs sociaux, qui reconnaît les décisions émanant du dialogue institutionnalisé, prônant l'initiative et l'exemplarité c'est-à-dire mettre en pratique la théorie en somme l'action. Elle suppose les libertés publiques et la séparation de pouvoirs, des élections libres et périodiques. C'est une façon de vivre ensemble avec le respect de l'autre avec un débat et une culture du dialogue. Elle est liée aux droits humains, leur offre un cadre, mais le respect des droits humains entraîne aussi la démocratie.

A l'école , en classe la participation des élèves doit être effective dans toutes les structures citées avant comme les clubs, la coopérative, le conseil de coopération etc.…


c)
 Le développement Il est nécessaire à l'exercice de la démocratie, des droits de l'homme; ces derniers sont des conditions de réalisation du développement, un développement durable. L'éducation: la citoyenneté doit offrir aux citoyens des compétences utiles aux besoins du développement.


d)
 La paix C'est plus que l'absence de guerre, c'est une situation où les conflits sont réglés par la non violence; elle est liée aux droits de l'homme et à la démocratie; c'est la résultante d'un ensemble de conduites démocratiques inspirées de droits humains; elle naît du respect de droits humains, du développement, du respect de l'environnement. En classe, à l'école, certaines activités devraient la favoriser comme la coopération, les séances de résolution non violente des conflits etc.…

Toutes ces dimensions de l'éducation à la citoyenneté sont interdépendantes et montrent son caractère global, systémique.

II/LE ROLE DE L'ECOLE DANS L'EDUCATION A LA CITOYENNETE.

Si la démocratie, signifie le pouvoir au peuple, elle ne l'est réellement que si l'école a le rôle de diffuser la culture pour préparer les citoyens à être plus conscients que ceux d'aujourd'hui. Une école n'est vraiment démocratique que si elle a au moins une longueur d'avance sur la société moyenne, si elle est capable de présenter aux élèves ce qu'il y'a de mieux dans la société contemporaine et de les préparer aux changements possibles; donc elle est à la fois un conservatoire pour les cultures qu'elle diffuse mais aussi un laboratoire d'expérimentation des progrès de la démocratie. L'école peut jouer un rôle dans l'éducation à la citoyenneté en mettant un dispositif d'ensemble pour assurer un mieux vivre ensemble; pour cela un certain nombre de questions se posent à nous:

a/-Comment faire de l'éducation à la citoyenneté une réalité dans nos écoles ou bien comment renforcer les acquis, si l'on sait que l'éducation à la citoyenneté est global s'adressant non seulement aux activités de classe mais aussi à l'organisation scolaire et à l'ouverture de l'école sur le monde.

d/-L'éducation à la citoyenneté passe par le développement de l'autonomie de l'enfant, sa responsabillisation, quelle relation pédagogique privilégier, quel dispositif mettre en place ?

-Quelles approches pour que l'éducation à la citoyenneté soit prise en charge par le projet d'école?

c/-Quelles disciplines prendront en charge cette éducation? L'Éducation civique, l'histoire, la géographie etc.…Interdisciplinarité, Transdisciplinarité?

d/-La prise de parole est essentielle dans l'éducation à la citoyenneté, comment l'organiser avec beaucoup d'efficience, comment initier les élèves au débat démocratique?

e/-Une école qui éduque à la citoyenneté doit s'ouvrir sur la vie, collaborer avec les ONG, les parents d'élèves, les partenaires, comment renforcer cet acquis?

-Dans une école qui éduque à la citoyenneté, les élèves doivent être au service de leur communauté, quels projets allez-vous développer avec vos élèves?

f/-La Citoyenneté c'est un mieux vivre ensemble adhérer à des valeurs, comment les promouvoir à l'école?

g/-L'éducation à la citoyenneté c'est aussi l'éducation dans une perspective planétaire, comment ouvrir les jeunes à la dimension mondiale? Comment préparer les jeunes à prendre des décisions, par quels projets peuvent-ils s'ouvrir au monde sans perdre leur âme?

h/-Une école qui éduque à la citoyenneté doit être une école intégratrice, une école qui lutte contre les déperditions scolaires, quelle pédagogie?

-Toutes ces questions exigent quelques changements au plan institutionnel, quels changements, quels obstacles, quelle évaluation?

 

Category : pédagogie | Comments (0) | Write a comment |

| Contact author |